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Réduire le risque de son portefeuille en choisissant des entreprises socialement responsables, c'est possible !

Isabelle Gired-Potin, Professeure de Finance à Grenoble.
Alors que de nombreuses études ont cherché à montrer – en vain – que les actions de firmes socialement responsables (SR) procurent des rentabilités boursières plus élevées que celles des firmes non SR, un résultat plus établi concerne la réduction du risque financier grâce au choix d’actions de firmes SR.

A titre d’exemple, pensons au scandale Volkswagen qui fit perdre à l’entreprise un tiers de sa capitalisation de marché quatre jours après que le scandale ait éclaté le 18 septembre 2015.
L’agence de notation sociale Vigeo a signalé, dans son communiqué de presse le 23 septembre 2015, qu’avant le scandale Volkswagen était déjà noté en-dessous de ses pairs du secteur automobile.

Notre étude porte sur 1169 entreprises dans 25 pays. En utilisant les notations Vigeo comme mesure du caractère SR des entreprises, nous étudions leur impact sur les risques supportés par l’investisseur financier : risque total mesuré par l’écart-type des rentabilités qui se décompose en risque systématique (lié aux fluctuations du marché dans son ensemble, par exemple une conjoncture haussière ou baissière) et risque spécifique (propre à une entreprise donnée, par exemples le départ d’un dirigeant, un conflit social, un nouveau marché…).
Les résultats montrent que le caractère SR d’une entreprise joue un rôle stabilisateur en réduisant le risque et donc les fluctuations des rentabilités, en particulier le risque spécifique.
Cela s’explique par une meilleure réputation des firmes SR, une plus faible probabilité d’actions en justice à leur encontre, moins d’amendes, plus de loyauté des employés et de confiance des consommateurs, plus de transparence etc.

Nous avons également observé des différences notables entre pays, en les distinguant selon le contexte institutionnel, approché par le système légal (common law versus civil law), le niveau de protection des actionnaires ou encore le niveau de protection des salariés.
Cela permet de classer les pays selon leur inclinaison : vers les actionnaires (shareholder-oriented) ou vers l’ensemble des parties prenantes (stakeholder-oriented). C’est seulement dans les pays plus soucieux de l’ensemble des parties prenantes (qui sont souvent des pays de civil law) que les entreprises SR ont un risque (systématique et spécifique) significativement plus faible que les autres.
Le caractère modérateur du contexte institutionnel est ainsi mis en évidence.

Notre analyse est que, dans les pays orientés vers les actionnaires, les individus ont une plus faible sensibilité au comportement SR des entreprises : les salariés ne sont pas attirés par les entreprises SR, les consommateurs n’utilisent pas le critère SR dans leurs achats.
En conséquence une firme SR ne peut pas bénéficier de plus de stabilité, de fidélité ou d’une meilleure réputation. Inversement, dans les pays préoccupés par toutes les parties prenantes, l’attitude serait opposée : plus de loyauté des salariés dans les firmes SR, des consommateurs patients et attentifs au comportement SR des entreprises.

L’engagement SR crée dans ce cas un capital moral (Godfrey, 2005) qui agit comme une assurance face aux événements négatifs.


Pour aller plus loin :
BENLEMLIH, Mohammed, GIRERD-POTIN, Isabelle (2017), Corporate Social Responsibility and Firm Financial Risk Reduction: On the Moderating Role of the Legal Environment , Journal of Business Finance and Accounting, vol. 44, n°7-8, p.1137-1166.

Mis à jour le  3 avril 2018