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Faire de la veille? Mais pour quoi faire ?



Marie-Laurence Caron-Fasan, Professeure à Grenoble IAE.

La pérennité et la compétitivité d’une organisation dépendent pour partie de sa capacité à comprendre et anticiper les changements de son environnement extérieur dans le but de réduire l’incertitude liée à la prise de décision, d’ajuster sa stratégie et ses objectifs. Cela suppose notamment d’être capable de collecter et filtrer des informations souvent noyées dans des flux d’information surabondants, mais aussi de les partager et de les diffuser aux personnes concernées, de les analyser et de les utiliser pour créer du sens utile pour l’organisation. La veille stratégique peut aider l’organisation à développer cette capacité à comprendre et anticiper les évolutions de son environnement extérieur. Et dans un environnement toujours plus changeant, turbulent et de plus en plus discontinu, une activité de veille stratégique semble indispensable.

 

Dans la réalité, si certaines entreprises se sont dotées de dispositifs de veille, d’autres ne l’ont pas encore fait ou ne souhaitent pas le faire. Quelles sont donc les motivations et les freins d’une entreprise pour effectuer une activité de veille ? Classiquement, les organisations déclarent faire de la veille pour (1) rester informées et comprendre l’environnement présent et les changements en train de se réaliser, (2) identifier des menaces et s’en protéger, (3) identifier des opportunités pour développer de nouveaux produits/services, (4) alimenter le processus d’innovation pour aider à se différencier et améliorer leur compétitivité, (5) développer ou maintenir un avantage concurrentiel pour améliorer leur position concurrentielle, et (6) identifier des phénomènes émergents et anticiper les changements et discontinuités à venir pour agir de manière proactive et adapter la stratégie.

 

Dans le cadre d’une recherche auprès d’entreprises, où nous avons demandé si elles souhaitaient (ou pas) mettre en place une veille pour anticiper les futures problématiques de logistique durable, des résultats intéressants sont apparus. Ce qui motive ces entreprises à faire de la veille, ce sont deux éléments : d’une part, une forte conviction que l’on ne peut plus faire sans ; et d’autre part un besoin de faire comme les autres. Faire de la veille serait ainsi motivée par la recherche d’une forme de conformisme et de légitimité.

 

Et qu’en est-il des freins ? Ils sont pour ainsi dire toujours les mêmes et peuvent se résumer dans l’interrogation suivante : quelle sera la performance de mon futur dispositif de veille en termes d’efficience et d’efficacité ? Ainsi, la mise en place d’une veille peut être freinée par soucis d’efficacité, lorsque l’utilité de la veille n’est pas clairement définie ou perçue, ou lorsque la finalité du système de veille n’est pas une priorité stratégique pour l’organisation. Une veille peut également être freinée par souci d’efficience lorsque l’organisation ne dispose pas des ressources nécessaires (c’est-à-dire humaines, méthodologiques, technologiques, financières, informationnelles) pour mettre en œuvre le système, ou lorsqu’elle n’envisage pas de les investir dans le système.

 

Et vous, quels sont vos et freins et motivations à faire de la veille pour écouter votre environnement ?

 

Pour aller plus loin :

Lesca, N., Caron-Fasan, M.L., Loza Aguirre, E. and Chalut-Sauvannet, M.L. « Drivers and barriers to pre adoption of strategic scanning information systems in the context of sustainable supply chain », vol 20, n°3, Revue Système d’Information and Management, septembre 2015


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